Des agriculteurs se lancent dans la fertilisation de précision

Par Yannick COSPEREC – CA NPdC MG

Quelques pionniers du GEDA Scarpe Hainaut se lancent dans la fertilisation de précision

Lorsqu’un agriculteur fait une analyse de terre au sein d’une parcelle, il choisit une zone « à priori » représentative de la parcelle, et réalise ensuite dans cette zone une douzaine de prélèvements dans un cercle de 20 m de diamètre, afin de constituer son échantillon. Il obtient ainsi un pH, une teneur en Phosphore, en Potasse, en Magnésie,… relatifs à cette zone de la parcelle. Il va raisonner ensuite les doses à apporter pour l’ensemble de sa parcelle en fonction des teneurs qu’il aura mesuré en ce point bien précis.

Cependant que serait-il advenu si, au lieu d’avoir fait son analyse en ce point précis, il l’avait réalisé 20 m, 50 m, 100 m  plus loin ? En bref, s’il avait réalisé son échantillon dans un autre endroit de la parcelle, les résultats de l’analyse auraient sans aucun doute été différents, car, on le sait, il existe au sein de la plupart des parcelles, une grande hétérogénéité intraparcellaire.

Fort de ce constat, et comme il n’est pas logique d’apporter la même dose d’éléments fertilisants sur une parcelle dont les teneurs varient spatialement, 4 agriculteurs du GEDA Scarpe Hainaut se sont regroupés pour travailler la thématique de la fertilisation de précision. Afin de mieux les accompagner dans cette démarche, le GEDA a sollicité l’aide d’un bureau d’études spécialisé dans l’agriculture de précision : BERGER Conseil à Lille.

La démarche proposée par la société BERGER Conseil est simple. Pour une parcelle donnée, il faut d’abord travailler sur les anciennes photos aériennes de la parcelle (photos datant des années 1945 à nos jours). Ce travail permet de retracer l’historique parcellaire et d’en déduire les zones ayant un stock homogène, lié à des pratiques de fertilisation homogènes.

Ainsi, une parcelle de 20 ha aujourd’hui pouvait être scindée, il y a 30 ans, avant les remembrements, en 15 parcelles différentes cultivées par trois agriculteurs avec des pratiques bien distinctes. Il y avait peut-être aussi certaines de ces 15 parcelles qui étaient en prairie…

Grâce à ce travail sur les photos aériennes, et grâce au dialogue avec l’agriculteur, on se rend bien compte que, en terme de fertilisation de fond, il ne faut pas considérer cette grande parcelle comme une seule entité, mais bien comme la juxtaposition d’une multitude de petites parcelles qui, au fil des années, ont été conduites différemment. Il en résulte que l’on ne fera pas une seule analyse de terre pour cette parcelle de 20 ha, mais 5, 10, 20 analyses… en fonction de l’hétérogénéité décelée.

Une fois que l’on connaît le résultat de ces différentes analyses, on peut construire une carte de fournitures des sols pour 8 éléments (P2O5, K2O, MgO, MO, pH…). Cela dépend des exploitations, mais les résultats sont souvent intéressants puisque on se rend vite compte que l’on peut avoir au sein d’une même parcelle des zones très bien pourvues (zones où l’on va pouvoir déstocker des éléments) qui se juxtaposent à des zones plus pauvres (où il est déconseillé de faire des impasses).

A partir de cette carte de fournitures des sols, il ne reste plus qu’à construire une carte des doses à apporter. Les doses sont calculées, en chaque point de la parcelle, selon la méthode COMIFER, c’est-à-dire, en prenant bien en considération l’exigence de la culture ainsi que l’historique récent de fertilisation. On obtient à ce moment là des cartes numériques, avec les différents éléments à apporter sur les différentes zones de la parcelle.

Comme les nouveaux matériels d’épandages d’engrais solides ont la capacité à être programmés pour épandre une dose en relation avec la position de l’outil dans le champ, on peut dès lors apporter une dose variable dans une même parcelle, selon que l’épandeur traverse une zone bien pourvue ou une zone moins bien pourvue.

L’investissement de départ est généralement rentabilisé en deux cultures très exigeantes au phosphore et à la potasse. Les gains annuels constatés en Picardie et en Eure et Loir sont de 40 à 80 €/ha sur betterave, 20 à 50 €/ha sur pomme de terre, 15 à 30 €/ha sur maïs et sur colza.

Cet outil est particulièrement performant sur la betterave et la pomme de terre. La fertilisation de ces deux cultures, très exigeantes en phosphore et en potasse, bénéficie pleinement de la connaissance de la répartition des stocks. Elle permet in-fine de mettre la bonne dose au bon endroit, en toute confiance.

A moyen et long terme, cette technique permet de gérer ses sols de manière patrimoniale : les zones où l’élément est en faible quantité seront rechargées, les zones ou l’élément est en forte quantité bénéficieront d’une fertilisation adaptée. L’équilibre naturel du sol est recherché. Sans doute la technique de précision la plus rentable sur le marché.

Quatre agriculteurs du GEDA Scarpe Hainaut ont fait le choix de se lancer dans cette technique dès cette année. On ne doute pas qu’ils seront nombreux à prendre le pas dans les années à venir, avec la démocratisation et la vulgarisation des épandeurs qui permettent de moduler les doses apportées.

 

 

 

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